On s'étend sur son canapé que je connais bien, il sort de sa poche des cailloux de coke empaquetés dans des feuilles OCB, les broie avec une carte de parking, et dessine une dizaine de lignes si blanches qu'on les distingue exactement malgré l'obscurité. Il en tape quelques-unes et me tend le billet de vingt livres, et je prends ce qu'il m'a laissé. puis, il allume sa chaîne, et il met Brassens et Léo Ferré comme d'habitude, et il me regarde en chuchotant les paroles.
..Toujours les mêmes professions de foi d'éternel célibat, les mêmes apologies du libertinage, tout ça pour que je comprenne... je sais déjà.
..Pendant des heures, jusqu'au sommeil, je ne vais penser à rien, je vais avaler de la drogue par le nez, et de la fumée par la bouche, et ne plus avoir conscience de son bras qui m'entoure, de son épaule sur laquelle je repose, je ne sens même plus mon corps harassé, ni ma tête qui devrait me faire mal à hurler.
..Le temps n'existe plus chez A, à six heures du matin, le sablier renversé sur la tranche est inerte, immobilisé par la voix des poètes, les chansons d'un autre âge, la coke intemporelle et, sur le canapé, la fille aura toujours vingts ans."


